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LA
PETITE SPHÈRE ARMILLAIRE
PROVENANT DU MONASTÈRE
DE KREMSMÜNSTER, VERS 1650
Malgré labsence de signature,
cette sphère peut être attribuée à
lhorloger Hans Buschmann lAîné dAugsbourg,
grâce à un dessin conservé à Wolfenbüttel
( fig. 1 ). Celui-ci représente une sphère similaire,
également munie un gnomon mobile sur lécliptique,
permettant lusage de linstrument en cadran solaire.
La sphère du dessin est montée sur un pied en balustre
et un bras semi-circulaire simple, mais possède aussi une
boussole entre les pieds. Dans une inscription sur le dessin,
Hans Buschmann décrit la sphère comme étant
de son « invention » , mais on ne peut, aujourdhui,
vérifier cette affirmation. Ce dessin appartient à
une suite représentant différentes horloges réalisées
dans latelier familial, ce qui indique que des instruments
scientifiques étaient également conçus par
des horlogers.
Hans
Buschmann lAîné, né après 1591,
appartient à la quatrième des sept générations
dune des plus grandes dynasties dhorlogers dAugsbourg.
l en sera le plus célèbre représentant. Fils
de Caspar Buschmann III, il fait son appren-tissage dans latelier
paternel et voyage probablement à Prague. Il est reçu
maître le 28 juin 1620 et la même année épouse
Rosina Scheiggert, dont il aura huit enfants. Après le
décès de celle-cIen 1658, il épouse Elisabeth
Stürzlin. Il livre des pendules aux grands souverains dEurope
tels le grand-duc Ferdinand II de Médicis à Florence,
lempereur Ferdinand III dAutriche ou larchiduc
Karl de Habsbourg. Deux de ses fils, Davis et Hans ( Johann )
le Jeune, devien-dront à leur tour horlogers et travailleront
ensuite dans latelier familial. Hans Buschmann meurt le
15 décembre 1662. En 1651-1652, Buschmann conçoit
une pendule censée fonctionner une année entière.
Il en adresse un dessin au duc Auguste le Jeune de Braunschweig-Lünebourg
accompagné dindications précisant les propriétés
de la pièce. Lhorloge, achetée par le duc,
se trouve aujourdhui au Herzog Anton Ulrich Museum de Braunschweig.
La pendule est surmontée dune petite sphère
armillaire qui est une réduction de celle que nous présentons,
avec son méridien caractéristique, découpé
en forme de C.
Une sphère presque identique appartenait
au célèbre collectionneur du XIXe siècle,
Fréderic Spitzer. Elle ne possède pas le calendrier/zodiaque
autour de la boussole et elle a perdu sa terre centrale. Un cadran
solaire de conception similaire, mais présentant un globe
à la place de la sphère armillaire, se trouve dans
la collection Huelsman à Bielefeld ( Allemagne ).
La présence du poinçon dAugsbourg
représentant une pomme de pin sur la base et du poinçon
rectangulaire estampillé EBEN est assez rare. Elle résulte
dun décret de 1625 garantissant que le bois était
de lébène véritable et destiné
à éviter la fraude en distinguant lébène
du poirier noirci qui présente une texture comparable.
La présente sphère a appartenu
au Bruxellois René Greppin ( 1899-1969 ), lun des
plus éminents collectionneurs dinstruments scientifiques
du XIXe siècle. Un jour, il découvrit un papier
caché sous la boussole. Cétait une lettre
écrite en 1893 par Franz Eben, restaurateur de lObservatoire
du monastère de Kremsmünster. Ce papier révéla
à Greppin la provenance prestigieuse de linstrument.
Voici la transcription intégrale de cette lettre touchante:
En lan 1893, selon le souhait de lancien responsable
de lObservatoire, P. Franz Schwab, tous les magnifiques
cadrans solaires anciens
furent nettoyés par lancien
restaurateur de lObservatoire, Fr. Eeben, et toutes les
aiguilles manquantes ou rouillées des boussoles furent
remises en ordre. De même, [fut fait de ] tous les instruments
de géométrie, pour que la collection puisse être
bien présentée. Nous espérons que les générations
à venir auront le même respect pour les vieilles
choses. En plaçant ces lignes aujourdhui dans la
base de ce cadran solaire, je me demande qui les lira, et en quel
endroit. Il est vraisemblable quà cette époque,
mes os seront depuis longtemps devenus poussière. Que le
lecteur dise un fervent « Notre Père » pour
la paix de lâme de lauteur de ce mot. Gloire
à Jésus-Christ / Amen / Franz Eeben / Restaurateur
de lObservatoire / Kremsmünster / Le 6 mai 1893. LObservatoire
baroque du monastère bénédictin de Kremsmünster,
près de Vienne, connu sous le nom de « Tour des mathématiques
», fut construit par le frère Desing entre 1748 et
1758. Le bâtiment de neuf étages fut conçu
comme un musée universel dont chacun des niveaux était
successivement consacré aux minéraux, aux plantes
et aux animaux, puis aux créations de lhomme. Le
sixième étage, dédié à lastronomie,
comprenait lobservatoire; au septième étage,
consacré à Dieu, se trouvait la chapelle. LObservatoire
de Kremsmünster possède encore une importante collection
dinstruments scientifiques, du XVIe siècle au XIXe
siècle.
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